Une constitution dans un tiroir

Après l’indépendance, une assemblée constituante a été formée et, en 1994, une commission constitutionnelle a parcouru villages, villes et communautés de la diaspora pour recueillir les propositions des gens. La constitution a été achevée et ratifiée en mai 1997 : pluralisme des partis, séparation des pouvoirs, libertés garanties, élections périodiques.
Pas un seul de ses articles n’a été appliqué. On a déclaré que la guerre frontalière avec l’Éthiopie (1998–2000) avait « ajourné » sa promulgation, puis l’ajournement lui-même est devenu la constitution effective du pays : pas de cour constitutionnelle pour interpréter, pas de juridiction indépendante pour trancher, pas de parlement pour légiférer ni pour demander des comptes.
Le résultat est un pouvoir fondé sur l’humeur d’un seul homme plutôt que sur un texte écrit : le Conseil national ne se réunit plus régulièrement depuis 2001, et les décisions qui engagent le destin — de la guerre à la paix, jusqu’au sort d’une génération entière — sortent d’un seul bureau.
Un peuple qui a payé trente ans de sang pour une patrie gouvernée par le droit se découvre gouverné sans loi. C’est pourquoi nous disons : rendre la constitution à la vie n’est pas un luxe juridique, c’est le premier pas sur le chemin de la sortie.










